Où est passée la grippe A?

Publié le par Maxime Amiot

C'était il y a cinq ans seulement. Le 11 juin 2009, l'OMS qualifiait le virus H1N1 au niveau de Pandémie mondiale. Ce nouveau virus, sous-souche de la grippe A, couvrait alors la "Une" médiatique et politique, dans la lignée de la grippe aviaire (H5N1) qui avait déjà affolé les écrans dans les années 2000. Le souvenir de la grippe espagnole qui avait traumatisé l'Europe en 1918, n'était pas loin.

Où est passée la grippe A?
Où est passée la grippe A?

Et des centaines d'articles inquiétants, où l'on annonce des plans d'actions tous azimuts. Qu'il s'agisse de l'école, des transports, des entreprises, de la justice, toute la population est concernée. Sans compter les inquiétudes liées à la vaccination elle-même, avec une belle polémique quant à ses soit-disant effets induits (lire les liens ci-dessous)

En juillet 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la santé, annonçait la commande de 94 millions de vaccins afin de faire face à la pandémie. A l'époque, on dénombre 481 cas confirmés de grippe A (et 628 identifiés) depuis le début de l'épidémie. Brice Hortefeux juge "presque inévitable" qu'une pandémie liée au nouveau virus s'installe en France à l'automne.

Les autorités sanitaires prennent de facto le problème très au sérieux : selon les estimations de l'InVS effectuées à l'époque, le virus "pourrait toucher huit à vingt millions de personnes - soit jusqu’à 40 % de la population française" rapporte un rapport parlementaire du Sénat de 2011.

Bilan des courses: la grippe A s’est finalement – et heureusement – révélée bien moins grave que prévu. Si près de 6 millions de Français se sont faits vacciner, on n'a dénombré que 312 morts en France, et 18.000 dans le monde, selon l'OMS. Une étude publiée en 2012 par la revue médicale spécialisée The Lancet Infectious Diseases affirmait quant à elle que le virus avait tué entre 151 700 et 575 400 personnes dans le monde.

Las, le virus est désormais classifié comme un virus grippal saisonnier. Cela n'enlève pas sa dangerosité - en février dernier, où deux personnes sont décédées au CHU de Niort -, mais au même titre que la grippe classique génère entre 250.000 à 500.000 victimes par an.

Fiasco médiatique, politique, et sanitaire? A l'heure où le principe de précaution est roi et où les politiques se voient souvent reprochés de ne pas suffisamment en faire (Canicule 2003...), l'exercice rétrospectif est toujours facile. Il n'empêche, la vitesse avec laquelle le sujet est sorti des écrans radars laisse songeur, à l'image de la grippe aviaire, du Sras, ou du Chikungunya, dont on ne parle pour ainsi dire plus, alors qu'elles sont toujours bien vivaces sans être mondiales.

Ces campagnes ont aussi un coût. La Cour des Comptes avait ainsi chiffré les dépenses de la campagne de prévention et de vaccination pour la grippe A à près de 700 millions d'euros, malgré l'annulation, en janvier 2010, de la livraison de 50 millions de doses encore non payées auprès des laboratoires...

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