10 ans de succès Logan: révélateur de la paupérisation européenne?

Publié le par Maxime Amiot

C'était il y a 10 ans, le 2 juin 2004. Louis Schweitzer, alors patron de Renault dévoilait la Logan, la voiture à "5000 euros". Une voiture destinée aux pays émergents, assurait alors le constructeur. "C'est la première gamme de véhicules entièrement conçue pour être d'abord commercialisée hors d'Europe occidentale" indiquait alors le groupe dans son communiqué. Les marchés ciblés sont l'Europe Centrale (Roumanie, Hongrie, Turquie...), l'Afrique du Nord, la Russie... Mais pas l'Europe occidentale. Qui pouvait alors croire que les Européens soient prêts à acheter des véhicules rustiques, encore peu confortables, à l'image peu flatteuse, accentuée par la carrosserie tricorps de la Logan?

10 ans de succès Logan: révélateur de la paupérisation européenne?

Dix ans plus tard, le succès du "low-cost" de Renault est total. Après la Logan, introduite en 2005 en Europe de l'Ouest, la gamme s'est enrichie d'une petite citadine, la Sandero, ainsi que d'un SUV, le Duster, un monospace (Lodgy), et un utilitaire (Dokker). Au global, Renault a vendu plus de 5,5 millions de véhicules low-cost dans le monde, dont 1,065 millions rien qu'en 2013, soit 41% des volumes du groupe.

Mais le plus étonnant dans cette réussite est son succès européen, qui n'était pas prévu. En 2013, les ventes de Dacia ont ainsi culminé à 429.500 unités, soit presque la moitié des volumes "low-cost" de Renault dans le monde. La marque est celle qui connaît la plus forte croissance des constructeurs européens et capte déjà 3% des ventes du vieux continent, alors qu'elle ne captait que... 0,2% du marché en 2006. En France, la progression est encore plus impressionnante, puisque Dacia dispose déjà de 6,2% de parts de marché, et réduit l'écart avec Volkswagen, la quatrième marque de l'hexagone. Fait symbolique, le Duster est devenu le modèle le plus vendu de tous les modèles Renault en 2013, devant la Clio.

10 ans de succès Logan: révélateur de la paupérisation européenne?

Ce succès est certes une bonne nouvelle pour Renault, qui dégage de confortables marges sur ces modèles (les voitures sont dotées de composants amortis, sont assemblées dans les pays à bas coûts, et la marque ne fait aucun rabais). Mais son succès inattendu pose aussi question : avec des prix démarrant 7.700 euros pour la Logan, 7.900 euros pour la Sandero, 9.000 euros pour le Lodgy, 11.900 euros pour le Duster, la gamme Dacia montre à quel point les acheteurs européens ont basculé, la crise aidant, dans des achats de voitures "low-cost". Sur fond de baisse de pouvoir d'achats et de manque de visibilité dans l'avenir , le budget automobile s'est resserré.

Certes, d'autres facteurs jouent dans cette tendance. La perte de statut de l'automobile en Europe - celle-ci est moins considéré comme un signe de réussite sociale comme cela l'était dans le passé -, a fortement développé l'achat utile et malin, qui fait la part belle au prix . Egalement, nombre d'acheteurs de modèles "low-cost" viennent du marché de l'occasion, attirés par la promesse de se doter d'un véhicule neuf à prix équivalent.

Reste qu'au final, tout un pan du marché automobile européen s'est déplacé vers le bas. En France, 54% des voitures achetées en 2014 sont de gamme économique et inférieure, contre 44% en 2007, avant crise. Un mouvement développé par la montée en puissance du "low-cost", mais aussi la concentration des achats sur des véhicules de segment A et B (Captur, 2008) au détriment de véhicules plus grands et plus chers. Il est fini le temps où l'on avait encore le temps de se faire plaisir sur l'automobile...

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