Deux ans après, le bilan Montebourg

Publié le par Maxime Amiot

Encore un dossier chaud. Avec l'opération Alstom, Arnaud Montebourg aura une nouvelle fois tenu les premiers rangs, son activisme et sorties médiatiques agaçant les uns, séduisant les autres.

Deux ans après son arrivée au Redressement productif, petit bilan de l'action du "Matador" sur 5 dossiers les plus importants et symboliques. Des groupes privés, dans lequel l'Etat n'était pas actionnaire ce qui n'a pas empêché Arnaud Montebourg de se mettre au centre du jeu. Simples effets de manche ou activisme utile?

Deux ans après, le bilan Montebourg
  1. Arcelor Mittal

L'opération : alors qu'Arcelor Mittal annonce à l'automne 2012 son intention de fermer les hauts fourneaux de Florange, Arnaud Montebourg veut imposer à l'aciériste de se séparer de l'intégralité du site, et brandit même la menace de nationalisation en cas de refus. En novembre 2012, le ministre du Redressement productif indique même, à l'Assemblée nationale, l'existence d'un repreneur prêt à investir 400 millions d'euros à Florange, une poste qualifiée deux jours plus tard de "pas crédible" par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Désavoué, Arnaud Montebourg hésitera à démissionner.

La phrase : "Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu'ils n'ont pas respecté la France" indique Arnaud Montebourg, qui accuse le groupe de "chantage"

Bilan : L'exécutif a beau indiquer avoir obtenu des concessions d'ArcelorMittal (pas de licenciements, pérénisation des autres activités du site et investissement...), l'essentiel est perdu : les hauts fourneaux du site sont bien fermés.

Deux ans après, le bilan Montebourg

2. Goodyear

L'opération : en janvier 2013, Goodyear annonce la fermeture de l'usine d'Amiens-Nord, soit 1300 emplois en jeu. Cette annonce est le résultat de six années d'échec social, direction et syndicats ayant été incapables de se mettre d'accord pour poursuivre l'activité. En février, Maurice Taylor, le patron du groupe américain Titan, un temps pressenti pour reprendre une partie de l'activité du site, envoie un courrier incendiaire à Arnaud Montebourg, expliquant son refus d'investir dans la reprise. "Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures" indique-t-il.

La phrase : "Vos propos aussi extrémistes qu'insultants témoignent d'une ignorance parfaite de ce qu'est notre pays" répond dans une lettre Arnaud Montebourg au patron de Titan.

Bilan : Après d'autres péripéties, dont la séquestration de dirigeants sur le site, un protocole de fin de conflit est signé en janvier 2014. Si les conditions de licenciement sont revues à la hausse, le conflit n'aura pas empêché la fermeture de l'usine. Reste à savoir ce qui adviendra de la promesse de reprise de 300 emplois par Titan, annoncée fin janvier 2014. Une annonce surprise vu le passif d'Arnaud Montebourg avec l'industriel américain, mais qui pour l'heure n'a pas encore débouché.

3. PSA Peugeot-Citroën

L'opération : Arnaud Montebourg a ferraillé en deux temps avec le constructeur automobile français. En juillet 2012, lors de l'annonce de la fermeture d'Aulnay et du plan de restructuration du constructeur, le ministre ne cachait pas son scepticisme sur les difficultés réelles du groupe, évoquant même un "malade imaginaire", et fustigeant la famille Peugeot, pour sa politique de rachats d'actions. Tout en oubliant que celle-ci avait maintenu pendant des années la production sur le sol national, alors même que Renault, dont l'Etat détient 15%, avait délocalisé pendant des années la production de ses petites voitures.

Las, le ministre n'empêche pas la fermeture de l'usine, et le plan de restructuration (11.000 salariés) qui s'ensuit, même si cela se fait sans licenciement comme l'avait exigé le ministre. Changement de ton par la suite : prenant acte du risque de faillite de PSA, le ministre participe aux négociations courant 2013 notamment pilotée par Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et Philippe Varin, patron de PSA, visant à faire entrer le constructeur automobile chinois Dongfeng au capital du groupe.

Sa phrase : "Si le malade n'est pas imaginaire, est vraiment réel (...), nous voudrions faire le tri, c'est comme le choléstérol, il y a le bon et le mauvais". Arnaud Montebourg, sur France Inter le 18 juillet, faisant part de ses réserves sur la mauvaise situation du constructeur, qui publiera en 2012 et 2013 7 milliards de pertes nettes cumulées...

Bilan : au final, PSA est renfloué via une augmentation de capital de 3 milliards d'euros. L'Etat devient actionnaire du constructeur, à hauteur de 14%, au même niveau que Dongfeng et que l'Etat français. Une opération sans doute nécessaire (le groupe avait besoin d'argent frais, et seul Dongfeng, groupe public chinois, paraissait intéressé), mais qui a avant tout été pilotée par le cabinet de Pierre Moscovici (élu du Doubs, berceau de PSA) et l'Elysée.

4. SFR/Numéricable

L'opération : Lorsque, en février 2014, Vivendi décide de vendre sa filiale SFR, Arnaud Montebourg soutient dès le départ Bouygues Télécom face à Numericable. L'homme est contre le maintien de quatre acteurs, et juge qu'il faut plutôt "augmenter la taille des acteurs pour qu'ils soient capables de participer à la consolidation européenne et pas en être victimes". Le ministre pointe ainsi le surendettement de Numericable, et fait même peser la menace d'un contrôle fiscal sur Patrick Drahi, le patron du cablo-opérateur. "Il va falloir que M. Drahi rapatrie l'ensemble de ses possessions et biens à Paris, en France» indiquait-il.

Sa phrase : "Les dirigeants de Vivendi ont décidé coûte que coûte de vendre SFR à Numericable". Par ces mots tenus le 14 mars sur Europe 1, Arnaud Montebourg révèle publiquement le choix du conseil de Vivendi d'ouvrir des négocations exclusives avec Numericable, alors même que l'information n'a pas été divulguée publiquement. Des règles de gouvernance de groupes privés sur lesquelles le ministre ne s'embarasse visiblement pas...

Le bilan : le 5 avril 2014, l'offre de Numericable (dont 13,5 milliards d'euros en cash) est finalement choisie par le conseil de surveillance de Vivendi. Arnaud Montebourg ne peut que prendre acte de la décision, et indique qu'il restera "vigilant" sur la situation sociale.

Deux ans après, le bilan Montebourg

5. Alstom

L'opération : le 24 avril 2014, Bloomberg révèle le projet de cession d'Alstom à l'américain General Electric. "Le gouvernement travaille à d'autres solutions et éventualités que celles imaginées seules et sans que le gouvernement n'en ait été informé par Alstom" indique dès le lendemain Arnaud Montebourg. Furieux de ne pas avoir été mis au courant du projet, le ministre n'hésite pas à traiter de "menteur" le patron d'Alstom, Patrick Kron, et se déméne pour faire aboutir un autre projet, porté par Siemens, qu'il présente comme un projet européen. "Soit on se fait racheter par Boeing, soit on décide de construire un Airbus de l'énergie et un Airbus des transports" indique-t-il. L'homme va même jusqu'à faire adopter, avec le soutien de Manuel Valls et François Hollande, un décret « relatif aux investissements étrangers soumis à autorisation préalable », permettant à l’'Etat de s'’opposer à la prise de contrôle d'entreprises françaises. Le 11 juin, Siemens annonce le dépôt d'une offre conjointe avec le japonais Mitsubishi.

Sa phrase : "Est-ce que le ministre de l'Economie doit aller installer un détecteur de mensonge dans son bureau?", en référence aux allégations de Patrick Kron, le patron d'Alstom, qui lui aurait toujours indiqué qu'il n'avait aucun projet d'alliance.

Bilan : Le 20 juin, Arnaud Montebourg annonce le choix du projet General Electric "sous certaines conditions", pour 12,35 milliards d'euros. L'Etat va rentrer au capital d'Alstom à hauteur de 20% en rachetant la part de Bouygues au capital de l'industriel, afin d'exercer sa "vigilance patriotique". Un revers a priori puisque le ministre ne portait pas ses projets. Mais les conditions sont améliorées par rapport à la première offre de l'américain. GE achète le pôle énergie du groupe français turbines à vapeur (qui équipent les réacteurs des centrales nucléaires d'EDF), réseaux et énergies renouvelables, crée trois co-entreprises avec le groupe français (turbines à vapeur, réseaux et énergies renouvelables) et lui cède son activité de signalisation. Il s'engage en outre à créer 1000 emplois avec des pénalités en cas de non-respect.

Deux ans après, le bilan Montebourg

6. Bilan : le pour, le contre

Contre :

- Après de grandes déclarations, le ministre a finalement du accepter dans la plupart des cas les opérations auxquelles il s'opposait initialement (fermeture des hauts fourneaux d'Arcelor, rachat d'Alstom par GE, reprise de SFR par Numericable, fermeture d'Aulnay...). A plus moyen terme, dégâts sur l'image de la France en matière économique qui donne l'image d'un pays où l'Etat se mêle de tout et s'affranchit des règles de gouvernance, ce pourrait refroidir plus d'un investisseur...

Pour :

- En installant un rapport de forces, Arnaud Montebourg est parvenu à améliorer certaines conditions importantes, que ce soit en termes d'emplois ou d'investissements en France (emploi chez Alstom, zéro licenciement chez SFR ou PSA...)

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