House of Cards, victoire du cynisme ou fin de l'utopie politique?

Publié le par Maxime Amiot

Des millions de fans, scotchés devant leur écran pour regarder l'ascension sans scrupules et les coups tordus de Franck Underwood, élu démocrate, prêt à tout pour accéder à la Présidence américaine. La série "House of Cards", fer de lance de la plateforme de VOD en streaming Netflix qui se lance actuellement en France, est non seulement fascinante par son scénario, mais aussi par le niveau de cynisme que ses fans (dont je fais partie) avalent avec gourmandise...

Un couple (Claire et Franck) dont la relation sentimentale est avant tout un pacte d'ascension au pouvoir, un homme (Franck Underwood) maître de la manipulation des masses comme des individus et meurtrier à ses heures... L'univers d'House of Cards est 100% cynique, et pousse même la logique jusqu'à faire du téléspectacteur le complice d'Underwood, celui-ci s'adressant directement à la caméra pour partager ses mauvais coups.

Un portrait de la vie politique tout en désillusion qui tranche avec celui de la dernière grande série politique américaine, "West Wing" ("A la Maison blanche"), sortie Il y a quinze ans. A l'époque, cette série à succès mettait en scène un président démocrate, Josiah Bartlet, droit et juste, prix Nobel d’économie, lecteur de Foucault, accompagné d'une équipe de conseillers engagée dans le progrès social et la défense des libertés.

A La Maison Blanche : quand le président convie ses équipes à un "Chili con Carne"

D'un côté un Président bon enfant, reflet d'une politique capable de changer le monde en bien (West Wing). De l'autre un "Judas" prêt à tout pour s'asseoir dans le fauteuil du bureau ovale (House of Cards). Simple choix de scénariste ou vrai reflet d'une société plus désabusée ? House of Cards, mais aussi d'autres séries où les héros ont tous une bonne dose de cynisme ou de folie (Dexter, Dr House...) auraient ils eu le même succès quinze ans en arrière?

Pour Sandra Laugier, professeure de Philosophie, cette évolution des séries symbolise la victoire d'un certain cynisme (écouter ci-dessous) et la fin définitive d'une utopie politique américaine, marquée en dix ans par la perte de deux guerres (Afghanistan, Irak), une profonde remise en cause économique (crise financière), qui a accéléré la chute du héros traditionnel américain, généralement sans peur et sans reproches

Quoiqu'il en soit, au delà du débat sociologique, le contenu télévisuel y a franchement gagné, tant ces séries sont terriblement efficaces...

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